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Où investir quand on veut être «vert», cohérent et rentable ?
information fournie par Le Cercle des économistes 08/07/2026 à 08:01

ferme solaire (Crédits: Adobe Stock)

ferme solaire (Crédits: Adobe Stock)

Aux Rencontres Économiques d'Aix-en-Provence, qui viennent de se refermer après trois jours de débatss, académiques, politiques, entrepreneurs, partenaires sociaux et think tank ont été unanimes pour appeler à une action ferme dans la lutte contre le réchauffement climatique. Mais si l'on peut dire que la réalité du réchauffement climatique est bien confirmée par les scientifiques et s'il ne fait guère l'objet de contestation dans l'opinion publique, à l'exception de franges exotiques, il n'en demeure pas moins que l‘incertitude demeure très grande tant sur les formes que le changement climatique peut prendre, certains allant jusqu'à évoquer un refroidissement de l'Europe si le ralentissement du «gulf stream» s'accélérait, que sur les actions à entreprendre pour le combattre et s'y adapter.

Non seulement la première incertitude alimente la seconde, mais la seconde est elle-même affectée par l'incertitude non seulement des conséquences économiques du changement climatique mais aussi des actions qui pourraient être entreprises pour lutter contre le réchauffement climatique ou pour s'y adapter. On sent d'ailleurs monter les interrogations et les angoisses de l'opinion publique, propices aux radicalismes et fanatismes politiques.

Naturellement, les solutions proposées reflètent assez fidèlement les diaprures des incertitudes. Radicaux et fanatiques proposent soit d'ignorer ce défi, au motif que le changement climatique ne serait qu'un slogan politique de leurs adversaires, soit de le combattre par l'auto-flagellation, en prônant la croissance négative et la baisse des revenus dont on promet de compenser les conséquences angoissantes pour la majorité de la population, par une amplification de la redistribution qui serait financée grâce au «pactole» caché des bénéfices réinvestis. Les conséquences économiques de ces solutions radicales se résument à hâter la catastrophe que l'on veut ignorer ou dont on dénonce l'imminence : le collapsus de l'activité économique soit par étouffement progressif d'une planète devenue inhabitable, soit par suicide collectif d'une économie privilégiant le sous-investissement ou l'investissement non-rentable, non-productif.

Les solutions plus raisonnables se partagent entre trois options alternatives : le renforcement des régulations et interdits à l'encontre des activités et pratiques qui favorisent le changement climatique, la taxation des émissions de carbone qui sont la principale cause du réchauffement climatique ou l'incitation à l'innovation et donc à l'investissement dans les nouvelles technologies. Les plus indécis penchent naturellement en faveur d'une combinaison des trois, ce qui leur évite d'analyser sérieusement chacune des options prises individuellement.

Débats sans fin sur la juste valeur actualisée

Economiquement et socialement, la solution des régulations et interdits, en d'autres termes du «père fouettard», n'a guère d'avenir politique. Elle pourrait avoir du sens dans le cadre d'un effort de court terme mais certainement pas dans le cadre d'un effort de long terme, sur plusieurs décennies, comme celui qu'exige le changement climatique. Sur le long terme «les pères fouettards» font le lit des populismes puis des tyrannies.

La solution de la taxation des émissions de carbone ne peut que plaire aux économistes car elle permet de donner des signaux-prix clairs et donc des incitations univoques au marché. Malheureusement, elle suppose d'estimer la valeur actualisée des coûts à venir du changement climatique dans des contextes économiques et démographiques incertains, ouvrant la porte à des débats sans fin sur la juste valeur actualisée et à des contestations comme celle des «gilets jaunes» en France, qui a contraint le gouvernement à reculer.

Reste l'incitation à innover qui est clairement la plus sympathique pour tout le monde mais qui suppose d'accepter que nous ne maîtrisions pas parfaitement «hic et nunc» la trajectoire de la décarbonation, ouvrant donc largement la porte à la critique des cyniques et des radicaux.

Un marché d'avenir «juteux»

Dans ces conditions, où investir quand on veut être une entreprise soucieuse de l'environnement ? Dans les activités de conseil qui fricotent avec l'Etat pour définir des palanquées de nouvelles régulations ? Il y a là potentiellement un marché d'avenir «juteux» même s'il ne contribuera en rien à la productivité de l'économie. Dans les entreprises qui ont su abaisser leur empreinte carbone et donc réduire la valeur actualisée de leurs coûts futurs d'émissions carbone ? Mais, ce ne sont clairement pas ces entreprises qui offrent les perspectives de rentabilité les plus fortes mais plutôt celles qui n'ont pas encore opéré cette transition, qui sont encore brunes, et pour lesquelles la transition fera gagner beaucoup de valeur.

Faudrait-il donc investir dans les entreprises brunes, pour les verdir ensuite ? Ce qui aurait du sens car ce sont ces entreprises qui ont le plus besoin de capital… mais comment expliquer ce paradoxe à l'opinion et aux épargnants ? Reste l'investissement dans la «tech» et l'innovation. Clairement, il semble faire aujourd'hui l'unanimité mais il accuse un retard inquiétant en Europe, retard qui ne pourra être rattrapé que par une politique d'incitation à la recherche et à l'innovation dans les secteurs privé et public.

Aux Rencontres Économiques d'Aix-en-Provence, on a ainsi beaucoup discuté d'une DARPA à l'européenne, d'incitation fiscale à l'investissement risqué dans la «tech», d'un redéploiement des dépenses publiques en faveur de la recherche de pointe etc. Si les politiques mettent leurs actes en accord avec leurs paroles, c'est probablement le secteur au sens large dans lequel les épargnants et les fonds devraient investir prioritairement.

1 commentaire

  • 10:12

    La tech fait la promesse de résoudre par de nouvelles solutions techniques (et au passage, consommatrices de matières et émettrices de gaz à effet de serre) les problèmes créés par les technologies actuelles. Il serait temps de prioriser plutôt la sobriété, par exemple en la rémunérant, et les solutions basées sur la nature, avant que les écosystèmes soient tellement dégradés que l'humanité réalise combien elle en dépend.


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